J’ai découvert l’univers de
Frida Kahlo non par ses peintures impressionnantes (marquée par la souffrance, elle a su faire de sa vie une vie d’exception et nous a légué ses peintures) mais par l’intimité du Journal qu’elle a tenu dans les dernières années de sa vie. À l’intérieur de ses textes nous découvrons son cœur, ses sens, son âme.L’étrange destin de cette femme m’a amenée à réfléchir à l’influence de la fatalité sur la trajectoire d’une vie, à ce que deviennent les enfants marqués par la guerre, la bêtise, les malformations, la cruauté… J’ai laissé l’univers de
Frida Kahlo m’influencer jusqu’à la transposition.La musique de
Jean Piché et l’adaptation deYan Muckle vous transporteront je l’espère dans le monde bien particulier d’une enfant devenue adulte, subissant un dur destin et qui, à l’image deFrida , parcourt sa vie avec un regard autre, celui de la ténacité et du courage.
J’ai d’abord hésité lorsque
Pauline Vaillancourt m’a demandé de lui écrire cette musique, pour plusieurs raisons. L’inexpérience en était une. Je n’avais jamais, en presque 25 ans de métier, écrit pour la voix. L’opéra était pour moi jusqu’à ce jour une discipline inexplicablement lointaine. Prudemment, je m’en suis approché.
Kahlo s’est révélée à moi comme une femme publique, politique et une artiste d’un talent prodigieux. Les images précises qu’elle nous a laissées sont comme des portes sur un imaginaire, où la vis de la souffrance physique et émotive définit à la fois la plastique et le sentiment. J’ai retenu de ses écrits poétiques et anecdotiques la permanence de la volonté, le courage de l’existence et le dévouement à une vision artistique physiquement exigeante.La vision dramatique de
Pauline Vaillancourt était d’une singulière et tranchante mise au point. Sur ce territoire nouveau pour moi, j’ai voulu tracer une musique directe et sans retenue. Une musique qui devait avant tout chanter, et non crier, une souffrance assumée et finalement absurde. Souffrance dont j’ignore tout. Je n’ai rien regardé. Je n’ai rien empêché.Ma pratique musicale est l’électroacoustique. Contrairement, ou en complément à la pratique pure, mes musiques comportent souvent des référents de hauteur harmonique et du matériel mélodique codé. C’est une pratique qui, par elle-même impure, cherche dans son exploration technologique les outils d’une expression dramatique transparente. La
« vérité» des relations acoustiques m’a toujours séduit. Mais c’est un pari musical difficile, un colporteur glissant mais incontournable de l’émotion brute, un conduit direct de la chose musicale. En dissidence, je poursuis cette quête d’une mystique encore imprécise.(Nota bene
: Des extraits desRécitations deGeorges Aperghis , interprétés parPauline Vaillancourt , ainsi que des chants traditionnels indiens de l’île de la Réunion, d’une durée totale de quinze secondes, ont été utilisés dans l’élaboration du tableau 8Les ailes brisées . Les matériaux vocaux de la bande sont tirés de manipulations spectrales de la voix dePauline Vaillancourt et de synthèses vocales pures.)
À propos de
« Un ruban autour d’une bombe» , écriraAndré Breton après sa rencontre avec la peintre mexicaine. Victime à dix-huit ans d’un accident d’autobus qui allait conditionner le reste de sa vie,Frida Kahlo n’avait pas d’autre choix que de tirer sa force à la source même de sa faiblesse. Alors que ses autoportraits choquent encore par leur lucidité implacable, les péripéties de son existence fascinent toujours: sa cohabitation forcée avec la douleur, son amour pour le peintreDiego Rivera et sa vie tourmentée avec lui, son adhésion au Parti communiste et sa participation à la vie artistique de son époque ont été largement commentés. Elle a tenu pendant les dix dernières années de sa vie un Journal, à la fois carnet de notes pictural, recueil de réflexions et de souvenirs. C’est ce livre, publié récemment en fac-similé, qui a servi de base au texte deYo soy la desintegración . Mais bien que plusieurs événements ayant ponctué l’histoire deFrida Kahlo soient reconnaissables dans la trame du spectacle, celui-ci ne raconte pas sa vie. Le matériel biographique a été distillé dans l’espoir de ne conserver de cette vie que son ‘cœur secret’, ouvert et exposé.

[viii-99]
Création
- 9 septembre 1997, Yo soy la desintegración, Espace Go, Montréal (Québec)
Détails
Mouvements
- Introduction, 1:25
- L’enfance, 5:46
- L’accident, 2:56
- Mon sang, 5:26
- L’amour, 6:47
- Dans l’ombre, 7:08
- L’enfant et la mort, 12:17
- Les ailes brisées, 8:07
Événements les plus récents
- 29 février 2020Montréal (Québec)
- 22 janvier 2017Montréal (Québec)
- 14 mai 2011Montréal (Québec)

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